LE TRAVAIL DU BOIS  

Le travail du bois et l’art de la Tazouakt incarnent une maîtrise artisanale raffinée et un héritage artistique ancestral au Maroc. Sculpté, peint et orné de motifs géométriques et floraux, le bois se transforme en portes monumentales, plafonds ouvragés, coffres et meubles d’exception. La Tazouakt, art décoratif emblématique, associe couleurs vives et symboles traditionnels pour magnifier les intérieurs des palais, mosquées et demeures historiques. Véritable patrimoine immatériel et moteur économique pour de nombreuses régions, ce savoir-faire requiert des efforts de sauvegarde et d’innovation afin d’assurer sa transmission et de renforcer son rayonnement international

Origines et histoire

Le travail du bois au Maroc est un art ancien, introduit et perfectionné au fil des siècles grâce aux influences amazighes, arabo-andalouses et orientales. Les essences locales – thuya du Souss, cèdre du Moyen Atlas, oranger et noyer – ont toujours constitué une ressource précieuse pour les artisans.
Parmi les techniques les plus emblématiques figure la tazouakt, art raffiné de la peinture décorative sur bois. Héritée d’Andalousie, elle s’est particulièrement développée à partir du XVIe siècle dans les médersas, palais et mosquées, où elle servait à orner plafonds, colonnes, portes et mobilier.

Géographie et zones de production 

Essaouira et la région du Souss : réputées pour le travail du bois de thuya, souvent incrusté de citronnier, nacre ou os de chameau.
 
Fès et Meknès : foyers historiques de la tazouakt, avec leurs médersas et palais richement décorés.
 
Marrakech : conservation d’un savoir-faire ancien dans la sculpture et la peinture décorative sur plafonds et menuiseries.
 
Moyen Atlas (Azrou, Ifrane) : exploitation traditionnelle du cèdre pour la menuiserie et la sculpture.

Techniques et culture

Travail du bois : sciage, séchage, tournage et sculpture à la main ; fabrication de coffres, boiseries, tables, instruments de musique.
 
Tazouakt : motifs géométriques et floraux peints à la main, dans des couleurs vives (rouge, bleu, vert, or), utilisant des pigments naturels. Chaque motif possède une dimension symbolique (harmonie, spiritualité, protection).
 
Art sacré et profane : on retrouve la tazouakt aussi bien dans les lieux de culte (mosquées, zaouïas) que dans l’architecture domestique (riads, salons traditionnels).
 

Importance socio-économique

Le secteur du bois et de la tazouakt représente un vivier d’emplois pour plusieurs milliers d’artisans et coopératives, notamment dans les régions d’Essaouira, Marrakech et Fès.
 
La ville d’Essaouira est particulièrement connue à l’international pour ses ateliers de marqueteurs et ses objets en thuya, exportés vers l’Europe et l’Amérique.
 
Les produits de tazouakt sont très demandés dans la restauration du patrimoine (palais, médersas, monuments classés) et dans l’hôtellerie de charme.
 
Sur le plan touristique, ces arts génèrent une valeur ajoutée importante, car les visiteurs considèrent les objets en bois incrusté ou peints comme des souvenirs authentiques du Maroc.
 

Enjeux et perspectives

Préservation : la transmission intergénérationnelle du savoir-faire est menacée par la concurrence des produits industriels.
 
Valorisation : des initiatives telles que les Maisons de l’Artisan, les labels de qualité et les partenariats UNESCO visent à protéger et à promouvoir ces métiers.
 
Développement durable : la gestion des forêts de thuya et de cèdre est un défi écologique majeur pour garantir la pérennité de cette filière.
 
Marché international : l’intégration de la tazouakt dans le design contemporain (mobilier, décoration intérieure haut de gamme) constitue un levier prometteur d’exportation.