LE CUIR ET LA MAROQUINERIE  

Le cuir et la maroquinerie occupent une place centrale dans l’artisanat marocain, hérités de traditions anciennes et d’un savoir-faire raffiné. Des tanneries de Fès aux ateliers de Marrakech, le travail du cuir transforme la matière brute en articles utilitaires et luxueux : babouches, sacs, ceintures ou meubles décorés. Ce secteur, à la fois identitaire et économique, contribue au rayonnement du patrimoine marocain tout en offrant des opportunités de revenus pour des milliers d’artisans et coopératives. Sa préservation et son adaptation aux marchés internationaux sont essentielles pour renforcer sa compétitivité et assurer sa transmission aux générations futures.

Origines et histoire

Le travail du cuir au Maroc est l’un des métiers les plus anciens et les plus emblématiques de l’artisanat national. Depuis des siècles, les tanneries traditionnelles de Fès – notamment celles de Chouara et Sidi Moussa – perpétuent un savoir-faire transmis de génération en génération. Les procédés de tannage, utilisant des produits naturels tels que le henné, l’indigo ou le pavot, ont traversé les âges et confèrent aux peaux une qualité et une authenticité incomparables.
Historiquement, le cuir marocain a été exporté vers l’Europe et le Moyen-Orient, donnant naissance au terme « maroquinerie », directement dérivé du mot Maroc. Cette renommée internationale illustre le rôle central joué par le Royaume dans la diffusion de ce savoir-faire artisanal.

Géographie et pôles de production 

Le travail du cuir repose sur plusieurs étapes artisanales :
 
Tannage : trempage, épilation, séchage et coloration des peaux (chèvre, mouton, vache, dromadaire).
 
Teinture : utilisation de pigments naturels, donnant aux cuirs marocains leurs teintes caractéristiques (ocre, rouge, bleu, vert).
 
Fabrication : découpe, couture et assemblage pour produire chaussures, sacs, poufs, ceintures, portefeuilles et accessoires divers.
 
Ornementation : gravure, broderie et incrustations, conférant aux produits leur valeur artistique et décorative.

Techniques et savoir-faire

Travail du bois : sciage, séchage, tournage et sculpture à la main ; fabrication de coffres, boiseries, tables, instruments de musique.
 
Tazouakt : motifs géométriques et floraux peints à la main, dans des couleurs vives (rouge, bleu, vert, or), utilisant des pigments naturels. Chaque motif possède une dimension symbolique (harmonie, spiritualité, protection).
 
Art sacré et profane : on retrouve la tazouakt aussi bien dans les lieux de culte (mosquées, zaouïas) que dans l’architecture domestique (riads, salons traditionnels).
 

Importance socio-économique

Économique : le cuir et la maroquinerie représentent une activité génératrice de revenus pour des milliers d’artisans et coopératives. Le secteur alimente à la fois le marché local (souks, marchés touristiques) et l’exportation.
 
Touristique : les tanneries de Fès et Marrakech figurent parmi les principales attractions touristiques du Royaume, renforçant la notoriété du Maroc comme destination artisanale.
 
Sociale : le secteur emploie de nombreuses familles artisanes, tout en favorisant la transmission intergénérationnelle du savoir-faire.
 
Commerciale : la maroquinerie marocaine est fortement présente dans les foires internationales et bénéficie d’une demande croissante, notamment en Europe et au Moyen-Orient.

Enjeux et perspectives

Modernisation : la filière doit évoluer pour répondre aux normes de qualité internationales (design, durabilité, standardisation).
 
Environnement : nécessité de moderniser les tanneries et de réduire l’impact écologique des procédés traditionnels.
 
Export et compétitivité : renforcer la présence des marques marocaines sur les marchés extérieurs grâce à des labels de qualité (« Label Maroc ») et à l’innovation design.
 
Développement local : valoriser davantage la filière via des coopératives modernes et encourager l’intégration des jeunes artisans dans le secteur.